Humeur

Boomerang

J’ai été l’une des dernières parmi mes amis à avoir des enfants.
Longtemps, je n’en voulais pas. Et je ne m’en cachais pas.
Ce n’est pas une histoire d’aimer ou non les enfants. J’aime beaucoup ceux de mes amis. J’aime les enfants en général, à tel point que j’ai commencé à faire du baby-sitting à 13 ans. L’enfance me passionne.

Certains y sont allés de bon cœur, sans savoir. « Tu ne peux pas être normale, comme tout le monde !« , « Il faut toujours que tu te fasses remarquer !« , « Fais gaffe, bientôt, tu seras trop vieille pour en avoir. »
J’en avais parlé ici, souvenez-vous. C’est l’un des billets qui a le plus fait parler.
Oui je suis devenue maman à plus de 30 ans mais c’est parce qu’une idée bien particulière occupait mon esprit.

Je ne suis pas la gentillesse incarnée. Je suis incapable d’aimer certaines personnes prônant certaines idées. En particulier celles qui ont des idées arrêtées sur tout.
J’ai la chance de connaître de belles personnes, celles que l’on surnommerait facilement des « Mère Theresa », tellement elles sont bienveillantes et compréhensives avec tous.
Ce n’est pas mon cas.
Et plus le temps passe, plus j’ai dû mal à cacher mes sentiments.

Tiens, les voilà eux. Les SENTIMENTS. Ils sont capables de tout foutre en l’air !
J’envie ceux qui n’en tiennent pas compte. Chez moi, ils sont en haut du podium.
Ils gèrent ma vie depuis toujours. Ils m’aident – ou pas – à prendre des décisions.
Il y a les bons et les méchants comme dans les contes pour enfants !

Et voilà, on y revient aux enfants. Les sentiments ont changé ma vision sur le fait de devenir mère. N’allez pas penser que je le regrette. Je les aime mes 2 p’tits mecs. Mais il est justement là le problème.
Et aujourd’hui, je me suis pris un boomerang en pleine face.

Comme si ce boomerang maléfique s’était adressé à moi : « Tiens, voilà, c’est pour ÇA que tu ne voulais pas d’enfant. Tu t’en souviens maintenant ?! »

Oui je m’en souviens…
J’aime ma famille. Énormément. Et ma mère… Ah ma Maman… Je l’aime si fort. Elle fait partie de ma vie, de moi. Jamais je n’ai voulu imaginer ma vie sans elle. Impossible d’accepter cette idée. IMPOSSIBLE.

Mais aujourd’hui… Aujourd’hui, elle a failli me laisser tomber. Aujourd’hui, mon monde a failli s’écrouler. Aujourd’hui, j’ai eu la peur de ma vie.

Moi qui ne crois en rien, moi et mon esprit cartésien… j’ai supplié je ne sais qui, je ne sais quoi qu’on ne me la prenne pas. Pas maintenant. Je ne suis pas prête. Je ne le serai jamais évidemment. Mais jusqu’à aujourd’hui, c’était tout simplement impossible qu’une telle chose puisse arriver.
Je ne me suis plus sentie mère mais juste fille de. L’enfant de… ma Maman.

Et c’est donc cela que je vais transmettre à mes enfants ? Cette douleur terrible qui te donne mal au cœur à en vomir ? C’est cela que je suis en train de créer ? Ce manque de moi qu’ils auront quand je ne serai plus là ?

Car oui, elle est bien LÀ, la raison qui me poussait à ne pas vouloir d’enfant. Celle de ne pas vouloir les faire souffrir le jour où je partirai.
Je ne suis pas la gentillesse incarnée, je le répète. Mais quand j’aime, j’aime si fort, si entièrement, qu’il n’y a pas pire douleur, plus profonde déchirure que celle ressentie quand on perd un être cher.
Et si j’aime tant mes enfants, je trouve cela abominable et totalement paradoxal de leur faire subir ça un jour…
Là, maintenant, tout de suite, je me sens égoïste.
J’espère qu’ils m’aimeront aussi fort que j’aime ma Maman. Mais je sais aussi que si c’est le cas, un jour, je risque de les faire souffrir comme jamais.

Cette idée s’était peu à peu envolée ces dernières années… l’amour que je porte à mes enfants avait agi comme un bouclier.
Mais aujourd’hui, la douleur a fracassé le bouclier. Et j’ai mal. Mon cœur de petit fille saigne, tous mes membres tremblent et cette peur que je redoutais s’est emparée de moi.

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13 réflexions au sujet de « Boomerang »

  1. Tout d’abord, je ne peux m’empêcher de te dire à quel point tu ressembles à ta maman que tu aimes tant et aussi, à quel point le patrimoine génétique s’est transmis ! Martin est ton portrait craché et tu es celui de ta maman (on verra plus tard pour Hector^). J’ignore ce qui est arrivé à ta maman mais j’espère qu’elle va mieux aujourd’hui. Je peux comprendre ton sentiment, en tout cas, je ressens la même angoisse que de laisser orpheline ma fille. J’aimerais mourir le plus tard possible. Pas pour moi mais pour elle. J’aimerais attendre qu’elle n’ait plus besoin de moi pour quitter ce monde…

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  2. Je comprends évidemment. Je ne peux m’imaginer ma vie sans la mienne. Parfois, je me dis: « je vais me mettre en mode éloignement » pour me préparer. En même temps, on ne sait jamais qui partira en premier, même si l’ordre des choses fait que…J’ai également peur parfois de mourir et de laisser mon fils sans maman. Enfin, c’est très compliqué tout ça…

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  3. Je comprends ton sentiment… Je suis comme toi, quand j’aime, j’aime. Je ne tergiverse pas. Pas facile de se dire qu’un jour tu partiras et les laissera derrière toi mais ils auront toujours avec eux vos souvenirs et ton amour. Ca, ça ne s’effacera jamais. Et ca sera de solides forces pour affronter l’absence…

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  4. Je comprends ton sentiment… Je suis comme toi, quand j’aime, j’aime. Je ne tergiverse pas. Pas facile de se dire qu’un jour tu partiras et les laissera derrière toi mais ils auront toujours avec eux vos souvenirs et ton amour. Ca, ça ne s’effacera jamais. Et ca sera de solides forces pour affronter l’absence…

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  5. Quel billet plein d’émotions… Moi je vis toujours comme si une épée de damocles pendait au dessus de ma tête et au dessus de celle des autres, capable de voir la maladie là où elle n’est pas, l’accident là où il n’y a qu’un retard, une apnée là où il n’y a qu’une respiration douce et apaisée…
    Avec cette peur de perdre l’autre, et cette peur d’abandonner mes enfants, je me suis mise à vouloir vivre de beaux moments avec eux, chuchoter des je t’aime comme si c’était les derniers, et les regarder comme si c’était la dernière fois. J’apprends aussi à ma fille de ne jamais se coucher fâchée avec qqn, le coeur d’un enfant est grand comme un volcan (rime pourrie lol).
    Vis, eprouve, ressens, respire ma belle. Prends le positif, et dégage le négatif. ❤️

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    1. De jolis mots, comme toujours ❤
      J'avoue que face à la maladie, je suis souvent ultra positive. J'ai été opérée à 13 reprises, Martin nous a fait une peur bleue en juin dernier (si tu remontes mon feed Instagram et que tu vois ses yeux rouges, tu sauras que c'est ça…) et Hector veut se faire remarquer avec ses 2 trous au coeur…
      Malgré tout cela, je vis à fond les choses et je n'ai pas peur du "médical". En revanche la mort de mes proches me terrifie. Et là, j'ai pris une claque si énorme… Mais ma Maman est forte, elle s'est relevée, le chapitre est loin d'être clos mais on croise tout ce qu'on peut ❤

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  6. Je réagis à ton message parce que comme tu le sais peut-être, j’ai perdu mon papa soudainement il y a quelques mois. Il dansait et puis… Fini.
    J’ai eu horriblement mal. Mais quand je pense à lui aujourd’hui, ce qui me vient en premier avant le manque et la douleur, c’est l’amour qu’il y avait entre nous. Et nos beaux souvenirs.
    Tout ça pour te dire que l’on souffre tous un jour de la perte d’un être cher. Mais l’amour que l’on vit et partage durant des années auparavant en vaut le coup. Vivre et aimer, c’est pour moi le plus beau risque. C’est en tout cas ce qui m’a motivé à avoir des enfants.
    J’espère que ta maman va bien. Profitez de chaque instant. Bises

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    1. Oh non Marie, je ne savais absolument pas 😦
      Ta philosophie de vie est la plus belle ! Et j’aimerais qu’elle soit mienne. Mais force est de constater que même si je n’ai pas peur du milieu médical, de passer sur la table, etc… la mort d’un de mes proches me terrifie et bien au delà même…
      Je t’embrasse fort !

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